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samedi 7 mars 2009

CeBIT

Coucou,

Jeudi, j'étais au CeBIT. J'étais persuadé que tout le monde connaissait le plus grand salon consacré aux technologies de l'information et de la communication au monde, mais apparemment non, donc je suis obligé de dire ce que c'est. Ah tiens, je viens de le faire... C'est un salon qui a lieu une fois par an, la première semaine de mars, à Hanovre, dans le gigantesque parc des expositions de la ville (qui avait accueilli en 2000 l'Exposition universelle, et dont on trouve encore quelques vestiges).

Que faisais-je au CeBIT, vous demandez-vous ? Mais je travaillais, évidemment. J'ai un métier très intéressant...

CeBIT
Hanovre ce n'est pas tout à côté de Stuttgart, et pour pouvoir faire le voyage dans la journée, pas de choix, il faut prendre l'avion. Et il faut le prendre assez tôt à l'aller si on veut arriver à peu près vers l'ouverture du salon à 9h... Décollage à 7h25 de Stuttgart, ça veut dire vers 6h45 à l'aéroport, ça veut dire lever vers 5h15 si on veut être tranquille. Hé ben c'est très tôt, je vous assure. Tellement tôt que le 7-10 de France Inter n'a pas encore commencé... Logique. Heureusement pour moi, à 5h, Europe 1 est encore écoutable... (Un jour je vous expliquerai quelle radio écouter à quel moment entre 5h et 10h.)

Mais la radio française, c'est bien gentil, ça ne doit pas faire oublier que je suis en Allemagne. D'ailleurs on ne peut pas l'oublier trop longtemps... Je prends la S-Bahn de 6h25, et paf, contrôle des billets ! Vous avez déjà vu des contrôleurs dans les transports en commun à 6h25 en France, vous ? J'ai déjà été contrôlé le dimanche soir à 22h, à Stuttgart, encore un truc qui n'arriverait pas de l'autre côté du Rhin...

Arrivée à l'aéroport de Hanovre, première constation : c'est un grand aéroport. Deux pistes, pleins de terminals... terminaux ? Deuxième constatation en montant dans la S-Bahn : les rames sont plus jolies à Hannovre, les acoudoirs sont en bois même en seconde classe, les panneaux lumineux indiquent l'heure et la date en plus de la station suivante, et il y a des toilettes... Passionnant, je sais. Ajoutez à cela le fait que sur le trajet entre l'aéroport et le parc des expositions, on passe à côté d'une Straßburgerplatz, vous comprendrez aisément qu'Hanovre soit une ville qui m'ait laissé une bonne impression.

Et voilà donc que l'on arrive au CeBIT, ce truc dont on m'avait dit que c'était très grand. On m'avait menti, c'est pas très grand, c'est énooorme. Tellement grand qu'il y a des lignes de bus à l'intérieur de l'exposition, pour aller d'un bout à l'autre... Ce n'est d'ailleurs pas très pratique, si vous voulez assister à une conférencde du coté de l'entrée Nord de 15h à 15h30 et être ensuite à 15h45 à l'entrée Sud... bah vous ne pouvez pas, il faut plutôt 25 voire 30 minutes pour traverser...

Oui bon, c'est grand, on a compris. Mais on y fait quoi, au CeBIT ?

On voit plein de trucs rigolos ! On donne des cartes de visite à droite à gauche (même si ça ne sert à rien). On assiste à des conférences sur des sujets terribles comme l'Introduction des technologies liées à l'Internet participatif dans l'entreprise ou Comment gagner de l'argent avec le logiciel libre ? (réponse du conférencier : on ne peut pas !), et on teste plein de produits plus ou moins nouveaux mais toujours épatants.

La grande mode du moment, c'est tout ce qui est tactile. Peu importe ce que vous avez comme écran, que ce soit sur un téléphone portbale, sur un ordinateur de bureau, avec Windows 7 au stand Microsoft une télévision géante chez Hyundai, ou ailleurs, vous devez avoir un écran tactile, sinon vous n'êtes qu'un gros nul qui n'a rien compris. Et pas tactile tout bête comme les bornes d'achat de billets SNCF, hein... Tactile multipoint, pour pouvoir redimensionner des photos avec deux doigts ou zoomer sur une carte Google Maps (95 % des démonstrations sont faites avec des applications de cartographie, c'est assez amusant).

On entend beaucoup parler français dans les allées... Évidemment les langues principales sont l'anglais et l'allemand, mais j'ai l'impression que les visiteurs français (ou francophones) sont particulièrement nombreux. Par contre, coté exposants, c'est un peu moins le cas... Même si on trouve ici ou là une petite entreprise auvergnate inconnue qui vous présente un truc. L'avantage c'est que les exposants sont contents de pouvoir parler en français, et vous laisse ensuite passer dans le Reseller area, ce qui n'a l'air de rien, et n'est effectivement pas grand chose, mais c'est une zone de salon en théorie réservée aux revendeurs et journalistes et dans laquelle je n'aurais pas pu aller comme ça. Ça m'a permis de jouer avec l'écran tactile géant de chez Hyundai.

Mais ce qu'il y avait de plus rigolo, c'était sans doute un écran équipé d'un système d'eye tracking. La démonstration était assez saisissante : un texte est affichée, vous le lisez, et quand vous arrivez au bas de l'écran, paf, ça défile automatiquement, pile à la bonne vitesse... Parce que l'écran détecte la position de vos yeux et adapte ensuite le défilement du texte à votre vitesse d electure. Ça marche aussi pour parcourir ses pochettes de CD avec une sorte de Cover Flow... Vous regardez un peu vers la gauche, et les pocjettes défilent vers la gauche, vous regardez vers la droite, elles défilent vers la droite. À quoi ça sert ? Principalement à la recherche (analyser le comportement des utilisateurs face à une interface graphique, par exemple) et à rendre les ordinateurs accessibles aux personnes ne pouvant pas utiliser de clavier ou de souris (on peut écrire un texte rien qu'avec ses yeux, en regardant les bonnes touches d'un clavier affiché à l'écran). Ça marche étonnament bien... et ça coute, oh presque rien... environ 22 000 euros.

Autre truc rigolo, sur le stand de Microsoft cette fois : une vidéo projection que l'on commande... au doigt ! Mais pas à l'œil. Vous êtes debout devant un mur sur lequel est projeté... une carte, tiens donc. Vous tendez le bras, pointez du doigt vers la gauche : la carte glisse vers la gauche. Pointez vers la droite, la carte glisse vers la droite. Pour cliquer il faut fermer le point et tendre ensuite le pouce, c'est un peu plus compliqué... Mais on se prend assez facilement pour Tom Cruise dans Minority Report, ça suffit à faire mon bonheur.

Si on trouve assez facilement des démonstrations intéressantes, il est un peu plus dur de trouver une glace. Il y a des stands de nourriture un peu partout, et même plein de vrais restaurants (pas si chers que ça), et quand vous ne cherchez pas de glace (le matin), vous en voyez partout. Quand vous en cherchez une (l'après midi), vous avez un mal fou à trouver un stand, et quand vous en trouvez un il a fermé. J'ai mis plus d'une heure à trouver ma glace, c'était terrible. En cherchant j'ai quand même pu tomber sur des choses amusantes, par exemple le très grand stand Deutsche Telekom, ou le hall réservé aux gamers, dans lequel on remettait le prix du meilleur joueur de je ne sais quoi à une collection de jeunes gens sans doute sympathiques, mais terriblement caricaturaux. Tout ça dans une ambiance noire et bleue, sponsorisée par Intel.

La recherche d'une glace est aussi l'occasion de visiter les vestiges de l'Expo 2000, notamment un très joli toit en bois, qui recrouvre plusieurs petits halls aujourd'hui, et sous lequel se trouvait à l'époque un restaurant portugais (de Madère pour êgtre exact) fort bon je dois dire.

Si j'ai pu voir ce toit en bois, je n'ai en revanche pas vu le Gouvernator, heu pardon le Gouverneur Schwarzenegger, qui était venu inaugurer le salon en début de semaine (et a terminé son discours en disant « I'll be back! »), il n'en restait que des photos et des banderoles dont une qui disait « Haste schon Vista, baby? » (que je traduirais pour mon public ignare par un « tu as déjà Vista, baby ? ») ce qui est un humour tout particulier.

J'étais persuadé pouvoir rapporter plein de clés USB et de stylos... Mais non, c'est la crise ! Résultat je n'ai eu droit qu'à des bonbons (dont des Gummihandys Samsung, enfin des petits téléphones portables bleus en gélatine, tout à fait rigolos) et à des papiers qui s'entasse désormais sur mon bureau.

Le voyage du retour était amusant. Déjà parce qu'on a failli rater notre S-Bahn et donc par la même occasion notre avion, tout ça parce :
- on avait oublié que la station de S-Bahn qui est « à côté » du parc des expositions est en fait àa 30 minutes à pied,
- Maxou (oui c'est moi) voulait absolument voir le stand Microsoft qui lui avait échappé jusque-là, et du coup au lieu d'avoir de la marge on n'en avait pas trop (jouer à Tom Cruise, ça prend du temps).

L'aterrissage à Stuttgart était amusant aussi... Il neigeait dehors, et si vous n'avez jamais testé, je peux vous dire que l'avion dans la neige c'est hyper fun. Les flocons dans la nuit et les lumières des phares font des sortes de trainées blanches tout autour de l'avion, on se croirait dans Star Wars en train de foncer à deux ou trois fois la vitesse de la lumière.

Star Wars
De retour sur le campus, tout était calme et blanc (de la neige en mars ! c'est dingue !), j'étais assez fatigué. Je le suis toujours d'ailleurs, alors je vais vous laisser, mais je promets de vous raconter d'autres choses passionantes très prochainement. Si, si, je m'y engage.

vendredi 3 octobre 2008

2001, an Index Odyssey

Coucou,

Aujourd'hui on va parler de Google. Pour plein de raisons différentes. Et on commence avec un truc rigolo. Comme on est en 2008 et que Google fête ses 10 ans, ils nous proposent de réutiliser leur service de recherche sur le Web (enfin son index, pour être exact) presque comme en... 2001. Oui je sais, ça ne fait pas dix ans, mais c'est pas grave, apparemment ils n'étaient pas fichus de proposer mieux que ça. Et bon en fait ce n'est pas tout à fait comme en 2001 non plus, mais ça n'en est pas loin, alors c'est assez rigolo. Ça se passe ici et on peut s'amuser à voir qu'à l'époque, il n'y avait pas de Youtube, de Skyblog ni même d'iPod. Mais moi j'étais déjà là, et même, je promettais.

Google toujours, mais pour parler de politique, ou de société, je ne sais pas trop. En novembre prochain, il y a des élections aux États-Unis, vous en avez peut-être vaguement entendu parler. Les Californiens, chanceux comme ils sont, auront droit à un vote particulier en plus : un référendum pour interdire le mariage gay, récemment autorisé par la Cour suprême de volaille... non, de l'État. C'est un référendum piège, parce que si on vote « oui » on est contre le mariage gay et si on vote « non » on est pour. Pour aider les pauvres Californiens à s'en sortir et très fortement les inciter à voter non à la proposition (qui a un numéro : 8), il y a une vaste campagne qui s'est mise en place. Campagne soutenue notamment pas Steven Spielberg (tiens donc) ou Ellen Degeneres, qui ne veut pas rendre le grille-pain qu'elle a eu récemment en cadeau de mariage.

Et Google, me direz-vous ? Et bien Google aussi soutien la campagne pour le non. C'est le cofondateur de la petite boîte qui le fait savoir sur le blog officiel de sa société. Ce qui est un peu curieux, est-ce qu'on imaginerait EDF ou Dassault Systems prendre position sur la légalisation du mariage gay en France ? Non... Apparemment, la Californie, ce n'est pas la France.

Google encore, parce que je sais que vous aimez ça ! Vous savez peut-être qu'une recherche sur Google peut être restreinte à un certain type de documents. Par exemple pour ne chercher « visualization » que dans les documents PDF, on peut écrire « filetype:pdf visualization ». Ce qui est rigolo et aussi assez curieux, c'est qu'on peut faire une recherche « filetype » sans préciser de mot clé... C'est assez amusant avec filetpye:html. On notera que Google réussit le tour de force de renvoyer un nombre de résultats sorti de je ne sais pas du tout où, et encore mieux, de classer les résultats retournés. Selon quel critère ? On notera avec amusement que la première page renvoyée est toujours un lien vers un vieu classique anglo-saxon disponible sur Google Books (mais pas toujours le même vieux classique, ça change en fonction de je ne sais pas du tout quoi).

Je vous laisse explorer tout ça et vous souhaite une excellente fin de fête de l'unité allemande, parce que je sais bien que vous fêtez l'unité allemande.

samedi 7 juin 2008

C'est malin

Coucou,

Récemment, Marissa Mayer, responsable de plein de trucs importants chez Google et notamment « l'expérience utilisateur », donnait une conférence, et cette conférence (que je n'ai pas trouvée en vidéo sur le Web, hélas), a donné lieu à quelques articles, donc un de CNET News.

Marissa MayerMarissa, et non pas Harissa

Elle dit plein de trucs rigolos, qui ont l'air impressionnants, mais qui en fait sont aussi un peu ridicules quand on y pense. Je vous explique...

À propos du nombre de résultats affichés par page, elle dit que les gens demandaient qu'on leur en montre 30, alors que Google par défaut en montre 10. Ils ont fait des tests avec 30 résultats par page et se sont rendus compte que les gens cherchaient moins quand c'était comme ça, et on alors décidé qu'il fallait rester à 10 résultats par page.

Sauf que c'est idiot ! Évidemment, si vous avez 30 résultats d'un coup avec une seule recherche, vous avez nettement plus de chances d'avoir celui qui vous intéresse dans le lot et donc moins de raisons de commencer une nouvelle recherche. Du coup la remarque de Marissa Mayer n'a pas beaucoup d'intérêt... Elle voulait sans doute dire que plus on affiche de pages Google, puis on affiche de pubs Google, mieux c'est pour eux car plus on a de chances de cliquer dessus...

Encore mieux : la couleur d'arrière-plan des publicités sur les pages de résultats. C'était du bleu au début, maintenant c'est plutôt du jaune. Constatation : les gens cliquent plus sur les pubs quand elles sont affichées sur un fond jaune. Mais encore une fois, c'est assez crétin comme analyse... Sur n'importe quel écran, le jaune à tendance à être plus proche du blanc que le bleu. Du coup le fond jaune se voit moins bien. Du coup on ne voit plus que c'est une pub. Et donc on clique plus souvent dessus ! Ils auraient pu mettre les pubs sur un fond transparent (enfin blanc donc), ils auraient eu encore plus de clics... Y a des jours où je me dis que si Google m'embauchait pour choisir les couleurs de leur page de résultats, ils en seraient exactement là où ils sont et économiseraient des fortunes en études du comportement des utilisateurs, et ils pourraient me donner l'argent ainsi économisé. Ah mais zut alors.

On continue avec le seul truc vraiment rigolo et pas stupide du tout : il y a une mention de copyright sur la page d'accueil de Google, en bas. Et vous savez pourquoi ? Pour raisons légales ? Non, non, pas du tout. Parce quand elle n'était pas là, plein de gens pensaient que la page n'était pas chargée en entier et s'attendaient à en voir plus, et n'osaient pas commencer à effectuer leur recherche. Ils ont rajouté cette mention en bas pour dire « voilà c'est fini tout est là à vous de jouer », et ça marche, on comprend bien que ça veut dire que la page est entièrement chargée. Magique.

Si la page n'avait pas l'air d'être entièrement chargée, c'est notamment parce qu'elle est très sobre et minimaliste. On dit même que ça a aidé au succès de Google, qui se démarquait ainsi de ses concurrents de l'époque (typiquement Yahoo! qui a toujours eu une page d'accueil bien pleine de plein de trucs). Et pourquoi la page d'accueil de Google était-elle si minimaliste ? La réponse de Sergey Brin est géniale : « on n'avait pas de webmaster, et je ne connais pas le langage HTML. » Ah oui, évidemment. Et dire que des années plus tard, il y a des étudiants qui analysent la présentation des moteurs de recherche pour en parler dans leurs travaux de fin d'études... S'ils savaient, les pauvres...

On termine avec un truc qui ne vient pas de l'article mais qui est amusant quand même. Prenez cinq lettres de l'alphabet. N'importe lesquelles. De préférences des lettres qui n'ont aucune chance d'être un mot existant dans une langue parlée sur terre. Genre zqstr, un truc du genre. Et cherchez ça sous Google. Et vous aurez des résultats. Toujours, pour tous les groupes de cinq lettres... Rigolo, non ? Avec six lettres ça a l'air de marcher aussi, d'ailleurs. Je vous laisse tester.

Mais pas trop longtemps non plus, vous avez encore un rébus à trouver, je vous rappelle ! Certains d'entre vous sont très près de la solution, et s'ils se décidaient à poster ce qu'ils ont en réponse aux commentaires, ça serait fini en une journée. Mais apparemment vous êtes tellement individualistes que ça ne marche pas :-( Ahlalala depuis que François Fillon nous a tous emmené sur son terrain idéologique, rien ne va plus en ce bas monde...

jeudi 13 décembre 2007

Des machines et des pommes (suite et fin)

(Suite et fin de la biographie d'Alan Turing commencée ici.)

En mai 1948, Alan Turing devient directeur adjoint du laboratoire d'informatique de l'université de Manchester. S'en suivent des années de recherches assez floues, entre reprise d'anciens sujets et exploration de nouveaux domaines. Mais l'idée de construire une machine capable de penser, toujours cette idée de « construire un cerveau », donc, allait se retrouver dans une de ses publications les plus connues.

En 1950, dans Computing Machinery and Intelligence, Alan Turing décrit un test qui le rendra une fois de plus célèbre. La référence en matière de test d'intelligence artificielle de nos jours... Le fameux test de Turing. Qui est somme toute assez simple : un humain est face à un ordinateur, il écrit des questions, les réponses sont affichées sur l'ordinateur. Si l'humain est capable dans un temps raisonnable de dire s'il communique avec un autre humain par l'intermédiaire de l'ordinateur, ou s'il est en train de communiquer avec un système d'intelligence artificielle, le test est raté. Si l'humain n'arrive pas à faire la différence, le système a passé le test.

Autant vous le dire tout de suite : jusqu'à présent, aucun système d'intelligence artificielle n'a passé le test de Turing. Mais un jour, peut-être...

Statue d'Alan Turing à Manchester
Alan Turing consacrait la plupart de son temps à ses recherches, mais n'avait rien contre l'une ou l'autre rencontres occasionnelles. Il se rendait régulièrement sur Oxford Street à Manchester, se demandant s'il n'était pas trop risqué de faire une proposition à untel. Nous sommes en Angleterre, dans les années 50, ce n'est pas si anodin. C'est tout de même comme cela qu'il rencontrera Anrold Murray. Hélas pour lui... Arnold « renseignera » un voleur (un certain Harry) qui cambriolera l'appartement de Turing. Turing porte plainte au commissariat. Il n'aurait pas dû. Le voleur expliquera qu'Arnold lui a dit comment cambrioler l'appartement de Turing, où Arnold faisait « des trucs » avec Turing. Quand on demande « quels trucs ? » à Turing, celui-ci raconte ses relations homosexuelles. Et c'est Turing qui sera condamné, le 31 mars 1952. Il a le choix entre une peine de prison ou une période probatoire d'un an pendant laquelle il doit subir une série d'injections d'œstrogènes. Il choisira la deuxième solution, voulant poursuivre ses travaux. Ce qui sera assez difficile, sa condamnation pour son homosexualité le faisait mal voir dans le milieu scientifique (ou dans l'Angleterre en générale). En période de Guerre froide, les services secrets, qui l'employaient encore, n'apprécient pas beaucoup, surtout avec son goût pour les rencontres à droite à gauche... Et si un espion en profitait pour lui dérober quelques secrets ?

Il entame ensuite une psychanalyse, voyage à Corfou ou en Scandinavie (à la recherche de rencontres). La fin ressemble plus à un roman qu'à une vraie vie, mais pourtant... Au printemps 1954, après avoir consulté une diseuse de bonne aventure dans une fête foraine, il ne parle presque plus. Le 8 juin 1954, sa femme de ménage le découvre mort dans sa chambre de Wilmslow, dans le Cheshire : il a croqué dans une pomme qu'il avait auparavant trempée dans du cyanure. Il avait 42 ans. (42, comme c'est curieux.)

Sa mère n'a jamais cru au suicide, et a toujours soutenu que sa mort était accidentelle : le cyanure était là pour les expériences de chimie que menait Turing en amateur, il en a avalé parce qu'il n'était pas assez prudent.

Mais personne d'autre n'y croit vraiment... Croquer dans une pomme trempée dans du cyanure, ça n'arrive pas par accident.

Une pomme dans laquelle on a croqué. Un symbole pour informaticiens. Ça ne vous rappelle rien ? Si, évidemment : le logo de la société Apple, qui était au départ aux couleurs de l'arc-en-ciel... ou du drapeau arc-en-ciel ? Alors, référence à Turing ou autre explication ? Le logo de la firme à la pomme a été créé en 1977, pour le lancement de l'Apple II. Officiellement, bien entendu, rien à voir avec Turing. La pomme croquée symbolise « l'acquisition de la connaissance » et les couleurs de l'arc-en-ciel doivent rappeler que l'Apple II a un affichage en couleurs de qualité. Et officieusement ? Rien non plus semble-t-il, même si beaucoup le soupçonnent.


Mais on peut en douter. Pour les couleurs, c'est vite vu : le drapeau arc-en-ciel n'a été utilisé par la communauté gay qu'à partir de 1978. Et la pomme croquée ? Il serait quand même assez douteux d'utiliser comme logo pour une toute jeune entreprise un symbole du suicide d'un grand informaticien... Si vous voulez quand même une explication officieuse, il paraît que des gens chez Apple racontent que la pomme du logo est une référence à la seule nourriture que pouvaient se payer les tous jeunes et à l'époque pauvres fondateurs. Bref, si vous créez votre start-up aujourd'hui, je vous suggère d'utiliser des ramens comme logo. Ça le ferait, non ?

Qu'est-ce que je disais dans l'accroche de l'article, au fait ? Que la vie d'Alan Turing n'était « pas banale pour un sou. » Vous me croyez, maintenant ?

mercredi 12 décembre 2007

Des machines et des pommes

Et si on parlait un peu d'un des hommes les plus importants du XXe siècle ? L'air de rien, il a accéléré la fin de la Seconde guerre mondiale et est un des pères de l'informatique... Tout le monde ne peut pas en dire autant. En plus, il a une vie pas banale pour un sou. Voici donc l'histoire d'Alan Turing.

Le petit Alan Mathison Turing (parce qu'il était bien petit un jour) naît le 23 juin 1912, à Paddington, à Londres. Son père, Julius Mathison, n'est pas là : il est collecteur d'impôts aux Indes. Il est élevé, comme son frère aîné John, par sa mère, Ethel Sara Turing.

À l'école, Alan n'est pas très bon. Il apprend certes à lire assez rapidement, mais ne se passionne que pour les nombres et plus généralement les mathématiques. À tel point qu'il n'écoute même pas en cours d'instruction religieuse, la honte !

À l'internat, il fait la connaissance du premier homme de sa vie, pourrait-on dire. Christopher Morcom, qu'il rencontre en 1928, âgé d'un an de plus que Turing, partage ses passions pour l'astronomie, les mathématiques et la théorie quantique (ils devaient pas être rigolos tous les jours). Turing était fasciné par Morcom (plus doué que lui en cours), amoureux même, et la mort à 19 ans de Morcom l'a évidemment touché.

Turing continue ses études, il entre au King's College à Cambridge en 1931. Comme quoi il n'était pas si nul que ça... Du moment qu'il pouvait faire des maths, ça allait même plutôt bien.

Alan Turing
Il s'intéresse aux travaux de von Neumann sur la mécanique quantique (en 1932), se sent proche du mouvement anti-querre de 1933, économiquement il est plutôt d'accord avec Keynes (le brave garçon), fréquente le milieu homosexuel du King's College (comme quoi il y avait un milieu homosexuel au King's College à Cambridge à l'époque, qui l'eut cru), fait de l'aviron, de la course à pieds, il a même un petit bateau (comme Dexter, quoi).

Ses travaux sur la théorie des probabilités lui valent un certain nombre de prix reçus entre 1934 et 1936. On l'imaginait devenir un mathématicien pur et dur, mais Turing se passionnait depuis quelques années déjà pour la logique. Il apprend la théorie de Bertrand Russell, puis découvre les travaux de Gödel et son fichu théorème d'incomplétude (qui dit en gros qu'une théorie suffisante pour faire de l'arithmétique contient toujours des énoncés qui ne sont pas démontrables, et dont la négation n'est pas démontrable non plus, bref des énonces sur lesquels on ne sait rien et ne saura jamais rien). Turing se sert des arguments de Gödel pour répondre à un autre grand problème de la logique, joliment baptisé Entscheidungsproblem ou Problème de la décision, dû à Hilbert (le monsieur de l'hôtel de l'infini, si ça vous dit quelque chose) en 1928. En gros (en énorme, même), il est question de savoir s'il existe (au moins en principe), une méthode définie permettant de décider si une assertion mathématique est démontrable. Suspense... Existe-t-il une méthode, ou pas ? Suspense... Turing propose une réponse en 1936, la même qu'un certain Alonzo Church (pas de bol pour Turing, c'est la réponse de Church qui a été publiée en premier). Mais tous les deux ont répondu que non, il n'existe pas.

Ce qui est intéressant, c'est la technique utilisée par Turing. Il a voulu décrire ce que pouvait être cette méthode définie permettant blablabla... Et il a eu l'idée génial de raisonner en termes mécaniques, matériels, en imaginant une machine qui lit des symboles sur un ruban de papier, et peut aussi écrire, et arrive comme ça à calculer un truc précis... Mieux, on peut faire une machine (de Turing, puisqu'il est bien question de ce que l'on appelle encore aujourd'hui machine de Turing) universelle, qui peut simuler le fonctionnement de toutes les machines de Turing. Exactement comme un ordinateur peut exécuter n'importe quel programme, pour peut qu'on lui donne du code à interpréter.


Dessin sur la machine de Turing
Et la machine Turing devint la base de presque toutes les démonstrations en informatique théorique. Un truc qui peut tout faire ! C'était révolutionnaire à l'époque, évidement aujourd'hui à l'heure des ordinateurs portables ça impressionne moins...

Au passage, toute la théorie de Turing, avec cette machine universelle à qui l'on peut fournir une sorte de code de programme pour qu'elle fasse ce qu'on veut, date de 1936, comme déjà dit. Soit neuf ans avant que les avancées en électronique permettent de mettre tout ceci en pratique, et de se rendre compte à quel point Turing était génial.

En septembre 1936, Turing arrive à l'université de Princeton. Il y étudie l'algèbre ainsi que la théorie des nombres qui lui fournira un sujet de thèse de doctorat. Parallèlement à ces travaux théoriques, il se lance aussi dans le concret : il met notamment au point une machine capable de crypter des messages en multipliant des nombres binaires... La cryptographie était d'ailleurs d'autant plus à la mode à l'époque que l'on commençait à entrevoir des risques de guerre avec l'Allemagne nazie.

En 1938, il retourne à Cambridge, suit les cours de philosophie des mathématiques de Wittgenstein (il a fréquenté de ces gens !), soutient l'entrée en Grande Bretagne d'un réfugié juif allemand, travaille secrètement pour le Départmeent de cryptographie britannique, appelé alors Government Code and Cypher School. En octobre, il assiste à la projection de Blanche-Neige et les sept nains, le premier long métrage animé de l'Histoire. Vous savez, avec la méchante sorcière qui empoisonne une pomme...

Et il commence à s'intéresser aux moyens de casser les message codés par les Allemands avec leur machine Enigma. Quelques informations bien utiles fournies par des mathématiciens polonais en 1939 permettent aux travaux d'avancer, et avec l'aide de W. G. Welchman, un autre mathématicien de Cambridge, Turing (qui a quand fait la plus grande part du boulot) met au point une méthode permettant de déchiffrer tout message codé avec Enigma, pour peu qu'une petite partie du texte ait été devinée correctement. Dès 1940, le déchiffrage de messages codés avec Enigma devient un travail de routine, qui par exemple de comprendre les messages utilisés par la Luftwaffe.

Les messages codés avec une version légèrement différente d'Enigma par la marine allemande étaient eux plus difficiles à déchiffrer. Turing arriva nénamoins à casser le code fin 1939, mais l'utilisation pratique de sa méthode ne put commencer qu'en 1941. Pas de chance, en 1942 les Allemands modifient leur code et les Anglais ne peuvent plus rien décoder. Alan Turing était une des stars (si ce n'est la star, ou le « père spirituel ») de Bletchley Park, le QG britannique de la cryptographie. Il demandé une de ses (jeunes) collègues, Joan Clarke, en mariage. Elle accepta... Mais c'est Turing qui refusa finalement peu après, lui expliquant qu'il était homosexuel. Turing part alors aux États-Unis, et arrive avant son retour en Angleterre en mars 1943 à re-casser le code. Jusqu'à la fin de la guerre, les Alliés pourront décrypter les communications allemandes.

Turing s'intéresse alors à l'électronique. Avec une ambition : concevoir une réalisation électronique de la machine de Turing universelle. Autrement dit, construire un ordinateur. Cette idée le fascinait. Il avait montré dans ses premiers travaux en 1936 les limites de ce qu'il était possible de calculer, mais il poursuivait néanmoins le but, selon ses propres mots, de « construire un cerveau. » En 1946, son article sur l'ACE ou Automatic Computing Engine est publié (un an après un article sur un sujet similaire de Von Neumann, Turing n'a jamais eu de chance avec les dates de publications, il y a toujours eu quelqu'un pour lui passer devant au dernier moment).

En octobre 1947, Turing retourne à Cambridge. Il s'intéresse à la neurologie et à la psychologie, publie des articles sur ce qui deviendra plus tard les réseaux neuronaux : des mécanismes capables « d'apprendre. »

Turing n'a pas été le premier à réaliser une implémentation concrète d'une machine universelle : c'est à Manchester en juin 1948 que la première réalisation d'un ordinateur selon les principes de Turing a vu le jour, sous la direction de F. C. Williams.

Mais il y avait quand même des courses que Turing arrivait à gagner... Des courses à pied ! Depuis la fin de guerre il s'entraînant régulièrement, à un niveau amateur relativement avancé, et a même failli participer aux Jeux Olympiques de Londres en 1948 ! Hélas pour lui, une blessure l'en a empêché.

Alan Turing
Turing n'avait jamais caché son homosexualité, mais l'ambiance à Cambridge l'incita a être moins secret qu'auparavant. Un étudiant en mathématiques du King's College, Neville Johnson, devint son amant.

Fin de la première partie. Demain, suite et fin de l'article sur Alan Turing, avec au programme : un test, un procès, une pomme.

dimanche 28 octobre 2007

Stohlfrucht

Coucou,

Voici le plus court message jamais posté sur ce blog... Pour vous proposer d'aller regarder cette vidéo tout droit venue de chez Conan O'Brien...

Ah... ces Européens :-)

Bon comme ça fait vraiment très court je vous propose aussi de jeter un coup d'œil à ça, pour voir pourquoi des fois je n'aime pas Apple, et à ça pour voir pourquoi des fois j'aime bien Arrêt sur images. Et puis vous pouvez aussi découvrir la droite bling bling, dont le nom me plaît beaucoup.

Bon dimanche avec une heure de plus en moins, ou le contraire, du moment que je peux dormir c'est du tout bon.

Au fait, l'Elder Wand, en français, c'est la baguette de sureau. Et Shell Cottage, la chaumière aux coquillages. Assez décevant il faut bien le dire.

mercredi 6 juin 2007

Bill et Steve sont dans un bateau

Coucou,

Tout récemment, Bill Gates et Steve Jobs ont participé, lors de la conférence « All Things Digital » que vous ne connaissiez pas plus que moi, à un entretien avec deux journalistes américains spécialisés en nouvelles technologies. Ils étaient donc tous les deux, l'un à côté de l'autre, sur scène, pour parler de leurs parcours et de leur relation (en faisant même des petites blagounettes sur leur mariage secret au Canada).

Bill Gates et Steve Jobs (dans l'ordre inverse)

On peut revoir cet entretien en vidéo sur YouTube, en plein de petits morceaux. Ça commence avec un super prologue qui vise à convaincre le spectateur qu'il va assister à un événement historique, qui aura lieu maintenant et ici. Mise en scène à l'américaine, c'est toujours amusant...

Je ne vais pas trop tarder sur la forme, on peut signaler que Steve Jobs avait, comme toujours, son magnifique ensemble jeans et T-shirt noir alors que Bill Gates avait une chemise. Ce qui n'a aucune importance et de toute façon ils sont toujours habillés comme ça, depuis plusieurs dizaines d'années même...

Et sur le fond ? J'ai été assez déçu, en fait. Tout simplement parce que monsieur Microsoft et monsieur Apple répondent aux questions exactement comme ils l'ont toujours fait. Steve se la joue dynamique et sûr de lui, pour ne pas dire grand chose (« – Quel appareil numérique posséderez-vous dans cinq ans ? – Je ne sais pas. » ou encore « – Quelles grands changement attendez-vous dans les dix prochaines années ? – Je ne sais pas. »). Face à lui, Bill parle toujours comme quelqu'un dont on se demande comment il a pu devenir PDG d'une entreprise aussi importance que Microsoft. Mais ça c'est quand on le regarde. Quand on l'écoute, il n'hésite pas à prendre des risques, à émettre des hypothèses, à dire que selon lui l'avenir passe par le Tablet PC, par des projections sur à peu près toutes les surfaces planes de nos appartements, par un appareil de poche et un de plus grande taille parce que pour certaines tâches c'est plus agréable, par la réalisation de ce qu'on voit dans les films de science-fiction dès que la technologie le permet (et si ça va dans le bon sens, l'utilisateur n'ayant pas envie d'être espionné par les machines qui l'entourent).

Et pendant ce temps, Steve Jobs persiste à ne rien vouloir dire de ses projets ou de ses idées (alors qu'il en a, évidemment). On comprend bien qu'il a notamment quelques annonces à faire la semaine prochaine à la Apple WWDC, mais bon quand même, face aux journalistes les plus compétents du monde dans un domaine, on pourrait dire un peu quelque chose ? Hé bien non.

Mais il y a plus surprenant. Dans la septième et dernière partie de l'entretien, on interroge Steve et Bill sur les présidentielles (américaines !) de 2008. La question : « quels sont les grands thèmes qui vous paraissent particulièrement importants pour cette élection ? ». Et les réponses sont pour le moins différentes : Bill Gates répond, sans hésiter, que l'éducation doit être la priorité absolue. Pas en lien avec les entreprises de la Silicon Valley, non non, l'éducation, de façon générale, doit être la priorité du gouvernement. On entend aussi parler d'énergie (point sur lequel les deux sont d'accord). Mais la priorité selon Steve Jobs, c'est « la stabilité ». Les entreprises ont besoin de « stabilité ». Et Steve Jobs n'en dit pas plus, n'explique pas ce qu'il entend par « stabilité ». Aucun changement ? Du conservatisme ? On n'en saura pas plus, on peut imaginer...

Quand on leur demande s'ils donnent de l'argent pour soutenir l'un ou l'autre candidat, Steve Jobs répond que non et Bill Gates dit qu'un peu, oui. Ce à quoi on lui fait remarquer qu'avec lui, un peu d'argent, c'est déjà beaucoup... Et Billou plaisante : « oui oui, un milliard ici ou là... »

Autre point de différence : la philanthropie (c'est le mot utilisé par la personne du public qui pose la question). On demande à Bill Gates d'expliquer pourquoi il a choisi de faire « ce que même ses plus grands détracteurs ne peuvent qu'admirer (et là, applaudissements de toute la salle) », c'est-à-dire consacrer une grande partie de sa fortune à des œuvres de solidarité internationale. Et on demande à Steve son avis là-dessus. Réponse de Bill : l'idée, c'est de faire profiter des avancées technologiques (médicaments inclus) ceux qui n'en profitent pas actuellement. Réponse de Steve : « C'est bien que Bill ait compris que ça ne sert à rien d'être le plus riche dans le cimetière. » Pensée de Maxou qui entend ça : « mais c'est quoi cette réponse de Steve Jobs ? »

Je n'ai pas vraiment de conclusion à faire, je vous prie de m'en excuser... Je dirai simplement que l'entretien ne m'a pas vraiment surpris, et que Steve Jobs m'a même un peu déçu... À force de ne rien vouloir dire sur rien (sauf sur le passé), il devient assez agaçant. Bill Gates a plus tendance à oser dire des choses, et c'est assez étonnant quand on pense aux réputations d'Apple et de Microsoft auprès des journalistes (tous Macintoshiens convaincus ?)...